La vie en société

La vie en société

La communication en Suède est aussi très particulière, et ça a été un vrai défi d’en comprendre les ficelles. Je crois que c’est là qu’on peut voir le fossé énorme qui existe entre nos racines latines et leur culture Nordique.

On dit souvent qu’ils sont “froids”, mais c’est pas tout à fait exact. Les Suédois ont plutôt inscrit le self-control dans leur mode de vie. Ils détestent la confrontation directe des idées, et prônent les vertus du consensus. Ils répugnent le rôle de leader, les organisations pyramidales et verticales. En réunion, tout le monde doit pouvoir donner son avis et on doit y accorder une importance dans la décision finale. Les débats sont larvés, les tours de tables s’enchaînent, quitte à faire des réunions tous les jours. Pour nos caractères latins bien trempés et rompus aux débats animés c’est une torture, et il faut veiller à respecter cette diplomatie constante, et même si tu sais qu’au final c’est une façon de faire plutôt intelligente, c’est incroyablement looooong et ennuyeux.

C’est toute une gymnastique quand il s’agit de savoir si le travail que tu as fait est bien ou non. Jamais ils vont te dire, “c’est nul, recommence”. Non, ils vont au mieux faire une réunion-parabole qui te mettra la puce a l’oreille, au pire éviter très adroitement le sujet. De même, la prise d’initiative est quelque chose d’absolument subtile, il s’agirait pas de brusquer la routine ou d´en faire plus que les autres.

Et justement, ils ont un mot d’une importance très particulière “lagom”. En gros c’est l’idée du “ni trop, ni pas assez : juste ce qu’il faut”. A l’origine ça vient de quand ils festoyaient tous ensemble. Le plat commun se passait de main en main, les gens se servant à tour de rôle. Le principe c’est qu’à la fin du cercle, le dernier qui se sert ait juste la même quantité que tous les autres, d’où la nécessité que chacun se serve de manière égale.

Et ce “lagom” a largement débordé la pratique de la table, c’est devenu une philosophie de vie, rigoureusement appliquée a tous les aspects de cette culture. Ça va vous sembler bizarre mais je trouve cette philosophie désagréable a vivre au quotidien. On peut se dire “oui c’est génial, c’est l’expression de l’égalité”, c’est vrai, mais on perd aussi la spontanéité, le chaos créatif, l’exubérance, les explosions de joies… des choses qui font que la vie bouillonne.

En parallèle, les Suédois ont besoin et entretiennent une importante zone de confort, de distance et de respect entre eux. Ça se traduit par des files d’attentes niquel où personne ne souffle ou fait de commentaire si la vieille prend trois heures pour sortir sa carte bleue. Personne ne s’engueule jamais en public, ni même ne crie dans son téléphone. Les villes sont étonnamment calmes et vides, il n’y a aucun esprit de “la rue” (bon les températures jouent aussi).

Enfin – et pour souligner aussi qu’ils ont aussi quelques contradictions – c’est très déstabilisant puisqu’ils te disent qu’engager la conversation avec son voisin dans un train(ou un bus) est d’une grande impolitesse, et pourtant ils apprécient qu’on bouscule leur train-train en amorçant une conversation (peut-être le privilège d’être un jeune étranger ?). Ce qui est dommage c’est que derrière cette façade toute carrée et distante, c’est des gens super gentils et intéressants.

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