Le français au Québec – Partie 1

Le français au Québec – Partie 1

Parler de la place du français (la langue, pas le quidam) au Québec, c’est super ambitieux quand on y est juste depuis trois mois. Mais comme c’est un sujet hardcore, ben je préfère m’le coller en premier, drette là, sinon ça va me bloquer et je vais procrastiner et plus vouloir écrire…J’voulais aussi rappeler que dans ces petites chroniques que je suis OBLIGE de faire des raccourcis énormes pour synthétiser des sujets parfois supers compliqués. Là on va survoler 400 ans d’histoire et un gros morceau de culture en 5000 signes ! Je fais de mon mieux, ça veut pas dire que c’est parfait, surtout sur des sujets aussi sensibles. Par contre je suis preneur de critiques et de questions dans les commentaires !

Allez hop on s’y met.

D’abord j’t’invite à aller voir cette très courte vidéo qui fait un petit récap historique et qui permet d’expédier la question de l’accent :https://www.youtube.com/watch?v=Oyf8tz_IoyQ. Oui parce qu’en fait l’accent, on s’en calisse bien. Le gros du sujet, c’est le poids politique de la langue (ensuite on parlera vocabulaire et ça c’est le fun, mais c’est pour la part 2, gros cliffhanger, attention). Pour la syntaxe, comme je déteste ça, je vous renvoie aux vidéos de Solange te parle, là :https://www.youtube.com/watch?v=qYm83H5TOMM

Bon, donc, sujet épineux, mais pourquoi ?
Déjà parce que le Canada, c’est une longue histoire de haine entre les Anglais et les Français, puis entre leurs petits colons respectifs, les anglophones (Canadiens) et les francophones (Québécois, qui sont aussi Canadiens, mais j’veux pas me faire égorger dans les rues de mon pays d’adoption alors chut c’est des Québécois pis c’est toute ! euh… Vive le Québec libre ! ‪#‎OnEnReparlePlusTard‬).

Pour résumer les Français sont arrivés et ont établi une colonie dans des conditions bien ghetto au XVIè siècle, c’est la naissance du Québec. Manque de bol, les Anglais ont rappliqué, ont pris le contrôle du bousin par la force alors que la France se retirait de la partie en disant à ses colons “démerdez-vous”.

Ça aurait pu en rester là, mais les english ils ont un peu merdé : au lieu de massacrer/déporter tout le monde (y a eu quand même des trucs sales), ben ils ont laissé aux Fr le droit d’utiliser leur langue, de garder le code civil français, de garder la religion catholique. En fait la couronne anglaise avait un peu la pression : on est en 1774, à la veille de la guerre d’indépendance des États-Unis, ça sent déjà pas bon et la perfide Albion a peur que la population française se rebelle à son tour.

Bref ! Depuis ce jour le Québec est le seul territoire francophone d’envergure en Amérique et je peux vous dire que c’est pas la moitié d’une fierté ici… Une fierté mais aussi une source d’inquiétude voir de malaise.

De fierté d’abord car le français fédère et affirme l’exception culturelle québécoise dans le paysage américain et anglophone. Il faut comprendre que les Québécois ont dû se débrouiller tout seuls pour développer leur région, une fois absorbée par la couronne anglaise au sein du Canada. Pas de soutien financier, militaire, culturel de la France… Ce qui fait qu’il y a eut (et il y a toujours) un énorme déséquilibre dans la répartition du pouvoir politique/industriel/économique entre les anglophones et les francophones au sein du Canada ET du Québec… et là c’est problématique : une étude récente montrait que 50% des Montréalais sont obligés de travailler dans une atmosphère anglophone…

Dur à digérer pour les Québécois, qui ont réussi à construire un “pays” dynamique et économiquement fort (comme le Canada est un État fédéral, je devrais écrire “province” pour le Québec, mais ce serait un peu comme crier à un Corse que son île c’est juste une région FRANCAISE, ça ne se fait pas, sauf si tu veux finir avec la tête au bout d’une pique).

En fait, beaucoup de Québécois estiment être trop taxés par le pays pour trop peu de redistribution au sein du Québec. En gros ils accusent le Canada de pomper l’argent aux francophones pour le redistribuer aux province anglophones moins dynamiques…
Tu le sens le malaise et les antagonismes que ça peut créer là ? Forcément ça agite le pays régulièrement, ça a culminé dans les années 70 où la province a frôlée l’indépendance, sur fond de terrorisme indépendantiste… C’est long et compliqué, mais bien documenté pour les curieux !

Alors c’est vrai qu’à Montréal il y a un énorme métissage, que c’est fabuleux d’avoir tous les pays du monde à une soirée, que tous discutent ensemble dans la langue de Churchill… mais les Québécois ils ont un peu les glandes en vrai.
Ils ont une grande peur : voir leur langue absorbée, ou voir leur culture absorbée, ce qui revient au même (coucou les anciens de Sciences du Langage)!
Anne-Marie Beaudoin-Béguin en parle vachement bien dans son livre “La langue rapaillée”, ce qu’elle appelle “l’insécurité linguistique des Québécois”. Je développerai plus tard car là j’ai déjà fait un pavé, mais en gros il faut se dire que la préservation du français c’est tout un programme. Il y a une stratégie derrière, des soutiens aux initiatives francophones pour la promotion de la francophonie, etc… C’est une lutte active et passive contre l’anglais et c’est là que le fun commence pour le touriste français.

Petit ̶t̶e̶a̶s̶e̶r̶ aperçu de ce combat : au McDonalds pas de Happy Meal. On dit un “Joyeux Festin”  :-)  et pas de KFC (Kentucky Fried Chicken) non plus, ici c’est PFK (Poulet Frit Kentucky) ! Bah oui parce qu’ici on traduit tout mot pour mot de l’anglais ! Tout… ou presque. On en reparle dans la partie 2, en attendant je vous laisse avec une sélection des “meilleures” traductions de titres de films, grosse marrade assurée : http://www.senscritique.com/…/Le_Quebec_des_grands_ti…/44591

COMMENTS (2)
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Très belle prémisse, vivement la suite! Pour un « autochtone québécois », ça fait plaisir de lire!

Super comme entrée en matière, tu t’attaques à gros!!!

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